Bucarest, ville enchantiée
Comme le souligne, Mariana Celac, de l’Ordre des architectes, Bucarest est une ville cachée. Ses grandes places, ses grands lacs qui la traversent de long en large dissimulent des trésors architecturaux. En arpentant le centre de la ville, nous avons donc commencé à élucider une partie des énigmes de la capitale. Et c’est sur un air de Paris que nous nous éloignions des grandes voies roumaines, pour nous balader dans la rue du Général Berthelot, non loin de la rue Jules Michelet, et de la rue française. Même nos pérégrinations nous menèrent Piata Charles de Gaulle. C’est donc dans cette atmosphère de “déjà vu” que d’anciens hôtels particuliers et maisons bourgeoises pour beaucoup mal entretenus voire délabrés défilaient sous nos yeux.

Opéra enchantié
Nous avions face à nous toute la problématique de la rétrocession des propriétés.
400000 maisons ont en effet été nationalisées durant la période communiste. Elles ont été distribuées aux familles et aux amis des dirigeants. Et c’est à partir de 1990, qu’un certain nombre de Roumains expropriés ont intenté un procès à l’Etat pour récupérer leurs biens. D’après Maria Theodoru, présidente de l’association pour la restitution des Biens roumains, ce n’est que lorsque la notion de propriété sera clarifiée que la réhabilitation de ces logements d’une autre ère pourront être réhabilités. Selon cette ancienne championne d’escrime : “De véritables bijoux d’architecture pourrissent depuis des années en attendant que la situation juridique de leurs propriétaires ne s’éclaircisse”.
Mais sortons des beaux quartiers du “petit Paris”, empruntons la ligne 3 du métro pour s’aventurer dans les faubourgs de la Capitale
Blocs trotteurs
“Le socialisme est mort mais les boîtes d’allumettes appelées “blocs” où j’ai ouvert les yeux sont, elles, toujours là.” Cristian Preda, doyen de la faculté des sciences politiques de Bucarest.
Pour découvrir ces vestiges immobiliers de l’époque, nous sommes sortis des entrailles de la capitale par cette station de métro si évocatrice Industriilor. Gris, massifs, uniformes, filifiles, quatre adjectifs pour décrire ce quartier à la frontière Ouest de la capitale. Malgré ces qualificatifs peu réjouissants, le poids des blocs n’a pas été aussi pesant que nous pouvions l’imaginer.
Comme Bucarest a su dissimuler ses bijoux bourgeois derrière de grands axes routiers, elle également su dissimuler la monotonie de ses anciens logements collectifs derrière de grands peupliers. Et nous qui pensions pénétrer dans l’antre de l’enfer grisonnant, nous avons traversé paisiblement appareil et caméra à la main, ces longues avenues peuplées d’arbres et de béton.
Selon les dires de Mariana Celac, habiter dans les favelas du Far East européen, comme sept Bucarestois sur dix est loin d’être aussi horrible. Certains gouvernant mieux lotis et en mal de destruction massive pensent en effet que tout raser serait la meilleure solution urbaine. Mais au-delà des apparences, ces quartiers sont en pleine métamorphose. Après la chute du régime, les locataires de ces immeubles d’Etat sont devenus propriétaires. Les appartements qui se trouvent au rez-de-chaussée ont été transformés en boutiques, cabinets dentaires, pharmacies… Les propriétaires cassent des murs, ajoutent des escaliers, refont des structures.
Du collectivisme à la propriété individuelle, la transition reste encore anarchique…
