Bucarest, bucurie : l’allégresse
"Ville de joie" au cœur d'une île latine dans une mer slave

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En atterrissant sur le sol de la capitale roumaine, paradoxalement, nous ne pensions pas nous retrouver dans une ville européenne. L’association Roumanie / Rom’anie avait inconsciemment fait son chemin dans nos esprits pourtant vigilants et avait influencé notre imaginaire roumanesque.  Nous nous attendions donc à traverser des contrées rurales et des villes en friche, à parcourir le Tiers Monde européen à deux heures de Paris vol d’avion!

Notre quête malsaine d’exotisme s’est heureusement arrêtée aux portes de l’aéroport. Nos premiers pas dans la ville furent semés d’embûches. Effectivement à 14h00, sous un magnifique soleil estival, nous pédalions sur le lac du parc de Cismigiu, le parc des amoureux, ou le Petit Luxembourg pour les plus patriotes d’entre nous. Voilà, le décor de notre séjour était planté. L’intérêt photographique de la ville ne se porterait pas sur le visible. Contrairement à nos ambitions originelles, nous allions devoir dépasser notre rôle de spectateur muet pour comprendre la ville. Nous ne pourrions pas cette année nous contenter de quelques clichés de femmes aux chemises bariolées et aux robes à falbalas pour rendre compte de la réalité d’un pays nouvellement entré dans l’UE. ramoneur2

Débarrassés en quelques heures de nos visions stéréotypées, nous commencions donc à explorer d’un autre œil cette ville aux accents italiens, où longues jupes et corsages avaient laissé leurs places aux shorts dénudants et aux décolletés affriolants.

Ceci explique  donc le peu de portraits qui figurent dans cette rétrospective bucarestoise. Nous ne voulions pas déformer la capitale en vous offrant une image déformée de ses habitants. Mais, nous avons tout de même succombé à la fameuse “tentation émotionnelle” en affichant ce papy ramoneur au marché d’Amzei!

Bucarest : Une Américaine à Paris

Après notre halte pédalo, nos premières impressions urbaines peuvent se résumer en trois groupes nominaux : gigantesques piata, larges boulevarduls agrémentés de Parculs. La capitale se structure autour de ses places. La plus imposante est la Piata Uniri, cette place de l’Unité, située au Sud de Bucarest, est le symbole d’un gigantisme aujourd’hui germano-soviétique. Cet immense carrefour dont l’une des artères débouche sur l’ancienne Maison du Peuple de Ceaucescu, est tout à fait représentatif de la politique ultra-libérale des dirigeants roumains depuis la chute du communisme.

Piata Unirii

Piata Unirii

L’urbanisme bucarestois est le premier à pâtir des excès du capitalisme. Le mythique “Petit Paris” a masqué les stigmates du communisme grisonnant en se transformant en véritable vitrine colorée de la mondialisation. Une quantité incroyable de panneaux publicitaires dissimulent la façade de certains immeubles de quatre à cinq étages. La flambée des prix de l’immobilier (la location d’un studio peut coûter de 250 à 500 €) affaiblit vraiment la résonnance des propos des plus vindicatifs des militants anti-pubs.

A Bucarest, la lumière a un coût et vivre à l’ombre est lucratif.

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Bucarest, ville enchantiée

Comme le souligne, Mariana Celac, de l’Ordre des architectes, Bucarest est une ville cachée. Ses grandes places, ses grands lacs qui la traversent de long en large dissimulent des trésors architecturaux. En arpentant le centre de la ville, nous avons donc commencé à élucider une  partie des énigmes de la capitale. Et c’est sur un air de Paris que nous nous éloignions des grandes voies roumaines, pour nous balader dans la rue du Général Berthelot, non loin de la rue Jules Michelet, et de la rue française. Même nos pérégrinations nous menèrent Piata Charles de Gaulle. C’est donc dans cette atmosphère de “déjà vu” que d’anciens hôtels particuliers et maisons bourgeoises pour beaucoup mal entretenus voire délabrés défilaient sous nos yeux.

Opéra enchantié

Opéra enchantié

Nous avions face à nous toute la problématique de la rétrocession des propriétés.

400000 maisons ont en effet été nationalisées durant la période communiste. Elles ont été distribuées aux familles et aux amis des dirigeants. Et c’est à partir de 1990, qu’un certain nombre de Roumains expropriés ont intenté un procès à l’Etat pour récupérer leurs biens. D’après Maria Theodoru, présidente de l’association pour la restitution des Biens roumains, ce n’est que lorsque la notion de propriété sera clarifiée que la réhabilitation de ces logements d’une autre ère pourront être réhabilités. Selon cette ancienne championne d’escrime : “De véritables bijoux d’architecture pourrissent depuis des années en attendant que la situation juridique de leurs propriétaires ne s’éclaircisse”.

Mais sortons des beaux quartiers du “petit Paris”, empruntons la ligne 3 du métro pour s’aventurer dans les faubourgs de la Capitale

Blocs trotteurs

“Le socialisme est mort mais les boîtes d’allumettes appelées “blocs” où j’ai ouvert les yeux sont, elles, toujours là.” Cristian Preda, doyen de la faculté des sciences politiques de Bucarest.

Pour découvrir ces vestiges immobiliers de l’époque, nous sommes sortis des entrailles de la capitale par cette station de métro si évocatrice Industriilor. Gris, massifs, uniformes, filifiles, quatre adjectifs pour décrire ce quartier à la frontière Ouest de la capitale. Malgré ces qualificatifs peu réjouissants, le poids des blocs n’a pas été aussi pesant que nous pouvions l’imaginer.bloc

Comme Bucarest a su dissimuler ses bijoux bourgeois derrière de grands axes routiers, elle également su dissimuler la monotonie de ses anciens logements collectifs derrière de grands peupliers. Et nous qui pensions pénétrer dans l’antre de l’enfer grisonnant, nous avons traversé paisiblement appareil et caméra à la main, ces longues avenues peuplées d’arbres et de béton.

Selon les dires de Mariana Celac, habiter dans les favelas du Far East européen, comme sept Bucarestois sur dix est loin d’être aussi horrible. Certains gouvernant mieux lotis et en mal de destruction massive pensent en effet que tout raser serait la meilleure solution urbaine. Mais au-delà des apparences, ces quartiers sont en pleine métamorphose. Après la chute du régime, les locataires de ces immeubles d’Etat sont devenus propriétaires. Les appartements qui se trouvent au rez-de-chaussée ont été transformés en boutiques, cabinets dentaires, pharmacies… Les propriétaires cassent des murs, ajoutent des escaliers, refont des structures.

Du collectivisme à la propriété individuelle, la transition reste encore anarchique…

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