
Vannina Bernard Léoni
Tournons les pages de l’altérité pour des lectures moins conceptuelles avec Corses par ailleurs, la rubrique des Corses qui sont allés voir ailleurs s’ils y étaient. La définition coule de source, mais le contenu n’en reste pas moins étonnant. Qui aurait-cru que les Japonais seraient en proie à une véritable Napoléonmania ? Quand Fora s’intéresse au Corse le plus connu de l’Histoire elle s’envole vers le Japon !
Au-delà de l’insularité, de la Méditerranéité, de la latinité et de la diasporité, la Corse et ses ailleurs ont des appartenances familiales communes, Dépaysés : la rubrique où des motifs familiers trouvent leurs cousins éloignés. Il ne s’agit pas ici d’un rassemblement des analogies culino-florales même si mes illustrations peuvent sembler trompeuses. Mais que voulez-vous, j’ai choisi de m’intéresser aux articles les plus sensationnels en me tournant pour cette partie, côté cuisine ou côté jardin. Commençons par le Japon qui arrive en première place du classement du numéro le plus inopiné de Fora. Les Corses n’ont pas le monopole du cœur de la châtaigne ! Cyrnos n’a pas vu naître la castagna et elle n’en est pas la plus grande mangeuse. C’est le pays de la kuri qui arrive en tête de la consommation castanicole ! Continuons sur les traces des spécialités culinaires corso-ailleurs, avec l’aventure cédratesque d’un chasseur de fruit. Le cédrat que les adeptes des digestifs post-prandiaux connaissent mieux sous forme liquide apparaît sous des aspects moins enivrants dans cet article dépaysant, entre luxe et sacré.
La culture s’estompe ensuite pour laisser place aux exercices portraitistes de Double culture, la rubrique qui présente des embrouilleurs, embrouillés d’identité. Ici, le Corse et son ailleurs cohabitent au sein de la même personne. Au fil des numéros, le peintre japonais ivre de Corse et de peinture croise les muletiers d’Orezza venus de l’Atlas, la métis bastiaise sushi-fiadone, la danseuse kabyle du spectacle, le héraut de la défense de l’identité juive, ainsi que le champion d’Europe du 5000 mètres maroco-corse.
Derrière ces tableaux multiculturels se cache le Forum, retour sur les événements et les institutions qui tissent les liens. Les bâtisseurs de passerelles entre l’île et le reste du monde sont à l’honneur de cette rubrique. Au-delà des symboles, des ressemblances en tous genres, des croisements historiques, des dualités identitaires, Fora achève son exploration de l’Autre dans le pragmatisme. Des réalisations concrètes tentent de créer des ponts transméditerranéens. Des journées de promotion de la Corse au Japon, des rencontres internationales de Théâtre sur l’île présentant Le cadavre encerclé de Kateb Yacine et l’association Corse-Israël sont croqués sur les dernières pages de la revue.
Le périple se termine comme il a débuté, sur une note littéraire. Lascia Corre laisse carte blanche à des écrivains. Un nouvel auteur de polar made in Corsica, novelliste du texte El Mualim (l’instituteur) et le romancier de l’exil en soi achèvent la symphonie foresque orchestrée avec brio par sa fondatrice Vannina Bernard-Leoni.
Claire Cecchini
[1] Variation systématique de la prononciation de toutes les consonnes à l’exception des l, m, n, r, h, j lorsqu’elles sont placées après une voyelle.
[2] Extrait de l’article de Dominique Taddei, Renaissance corse, une perspective post-coloniale, Revue Fora numéro Corse et Maghreb, côte à côte.
