La Maison du Peuple, cité interdite de l’Empereur des Carpates
Sans tomber dans l’insipide descriptif touristique, il me semble intéressant de s’arrêter quelques instants devant cette photographie. Dès notre retour sur le sol de Notre mère Patrie, l’histoire de cet incontournable bucarestois a piqué notre curiosité.

- Palais du Peuple
Contre toutes attentes, cette accueillante demeure populaire est le second plus grand bâtiment au monde après le Pentagone. “Le génie des Carpates” atteint de folie des grandeurs voulait dominer le monde communiste. Le symbole de son pouvoir devait donc dépasser celui de ses camarades soviétiques voire même ceux de ses aïeux pharaons. Le Kremlin et les pyramides n’allaient bientôt plus représenter que de ridicules détails monumentaux de l’histoire.
En 1984, la grande avenue de la Victoire du Socialisme débouche sur le temple du Conducator. Sur la colline qui surplombe la capitale, le peuple roumain peut enfin s’incarner dans un mastodonte architectural de 400000 m² de bureaux dont celui du maître des lieux a les dimensions d’un stade de football.
Encore aujourd’hui, loin d’avoir exorcisé le démon ceaucescuien, en détruisant ou en transformant cet édifice, le gouvernement bucarestois a décidé d’y installer ses députés. Les représentants du peuple siègent donc désormais dans l’antre du “grand architecte” aujourd’hui renommé Palais du Parlement.
“Du passé, faisons table rase” ou la construction de la cathédrale de la Rédemption du Peuple
La chute du communisme n’a pas mis fin à cette frénésie du gigantisme. Depuis la mort du Duce des Carpates, l’Eglise orthodoxe, bridée par tant d’années de silence architectural a repris les rênes idéologiques de la société bucarestoise. Pour marquer son territoire, le clergé popal, soutenu par la mairie de la capitale a décidé d’ériger dans le voisinage de la Maison du Peuple, “une cathédrale pour la Rédemption du Peuple”. Selon Mariana Celac, les architectes ont reçu un mot d’ordre: une cathédrale plus haute que la maison du peuple. Une bataille s’engage donc entre Ceaucescu et Jésus. De querelle de bénitiers, ce défi bâtisseur s’est transformé en enjeu national, l’Etat finançant 50% des travaux. Et depuis quelques années, l’adhésion à l’édification de ce monument orthodoxe est une question de patriotisme!
Une brèche dans la cité interdite : le musée d’art moderne
L’incarnation des vestiges passés accueille paradoxalement le dernier cru des créations artistiques futures. L’Ancienne Maison du Peuple, cerise du gâteau propagandiste a cédé une de ses ailes de 16000 m² à l’art de la provocation. Pour Mihai Oroveanu, directeur du Musée National d’Art contemporain : “La meilleure façon de lutter contre la folie de ce bâtiment est de s’y installer et de l’humaniser en s’armant d’une bonne dose d’humour (…). Le musée représente une gifle pour cette maison du communisme.”
Le Palais du Parlement est représentatif de cette tendance bucarestoise qui tend à conférer à chaque élément du patrimoine non pas une mais plusieurs fonctions. La capitale regorge de lieux nocturnes insolites. La nuit, le musée du paysan se transforme en bar-concert et le toit du Théâtre National en cinéma à ciel ouvert!
