Ma rencontre avec Nadine Monfils et mes lectures de ses œuvres les plus lubriques m’ont incitée à plonger un peu plus profondément dans son oeuvre. Je me suis donc procurée son premier film : Madame Edouard. Lors de notre entretien, la belgo-Montmartroise n’a eu de cesse de clamer que l’artiste ne peut prétendre à ce statut que s’il baigne son lecteur ou son spectateur dans un univers original. Et c’est effectivement un polar d’un genre nouveau mêlant humour et noirceur entre quelques murs bruxellois que nous livre la croqueuse du plat pays.
Dans Madame Edouard, l’histoire est un prétexte aux histoires, ces tranches de vie de personnages hauts en couleurs qui ont tous leur importance. L’enquête sur le meurtre de jeunes filles à qui il manque toujours l’avant-bras sert de fil rouge à la rencontre et aux conversations des protagonistes. Plantons donc le décor de ces huis clos pour pénétrer dans l’antre du polar.
Cinq lieux où s’animent treize individus décalés. L’action débute au commissariat avec le cynique commissaire Léon, interprété par Michel Blanc. Signes particuliers : il est spécialiste du tricot et joue avec les mailles pour évacuer sa nervosité. Il est toujours accompagné de son basset à paroles Babelute du nom de friandises belges sucrées à base de miel et de beurre. Son acolyte, le guignard lieutenant Bornéo à la femme pondeuse, détériore tout ce qu’il touche et ne sait résister aux charmes de la pulpeuse et extravagante secrétaire des lieux, Nina. Coiffures très pigmentées, fards très fluorés, seins stylisés et la touche de la maîtresse, des boucles d’oreille toutes plus farfelues les unes que les autres. Des boules de massages aux boîtes à chansons graveleuses en passant par des pies de vache à lait, les pendentifs auriculaires de Josiane Balasko rythment chaque scène de la demeure policière régentée par le commissaire Léon également surnommé Biquet par la non moins colorée Madame Ginette, génitrice de ce dernier. Véritable adepte de concours en tout genre, son appartement constitue à lui-seul une définition du mot kitch, une horloge qui piaille différemment toutes les heures, un cadre à photos en cuvettes de toilettes et je vous laisse le plaisir de déguster le reste de la décoration. Après cette halte chez Annie Cordy, rendons-nous sur les lieux du crime pour rencontrer le fossoyeur ivre de fleurs et de peintures. Chaque corps est découvert dans cet endroit mortuaire en face de la maison de retraite dans laquelle : “les pensionnaires jouissent d’une vue imprenable sur l’avenir”. Les malheureuses victimes spoliées d’un demi-membre sont analysées par le médecin légiste qui exerce ses fonctions dans une ambiance exotique, chemise hawaïenne et cacahuètes d’estomacs défunts.
