Quelle est votre définition de la pornographie ?
Ma définition n’est pas très différente de celle du dictionnaire, à savoir la représentation de scènes sexuelles explicites. Mais là aussi, la définition est difficile. Prenez par exemple le dernier film de Catherine Corringer, où, entre autres, un homme se fait double-fister. C’est explicite, dans le sens où ce n’est pas simulé, mais est-ce pornographique pour autant ? La visée du film étant assez clairement au-delà du sexuel, dans quelque chose qui prendrait le sexe comme base, voire comme prétexte, pour représenter autre chose : une fusion extrêmement tendre et douce de deux individus - et très délicate aussi, comme la fleur en tissu qui éclot de l’anus de l’homme. De même, dans les peintures de Jean Rustin, qui sont « pornographiques », mais qui semblent aussi souligner, avec brio, une certaine absurdité de la pornographie, avec des vulves petits trous étirés de chair noirs et bêtes, des bites pendantes et molles, effarées comme le visage des personnages peints. J’aime quand la pornographie est l’outil de son propre dépassement…Maintenant, de manière plus prosaïque, si la pornographie était plus diffusée, je pense que des comportements de violence et de dégoût sexuel seraient moins répandus, selon l’idée que plus on connaît quelque chose, moins elle fait peur, moins on est à même de la rejeter. Prenez par exemple l’une des dernières scènes de Brüno où des hommes qui s’embrassent se font jeter des chaises sur la tête, c’est une scène parodique dans un film grand-guignol, mais qui « montre » la réalité des violences homophobes : pourquoi vouloir taper, voire tuer deux hommes parce qu’ils s’embrassent ? Qu’est-ce qui motive la « sexophobie » ?
Dans Sexe Machines, vous rapportez le gout prononcé des hommes pour le porno à la stratégie sexuelle des mâles dans l’évolution, plutôt fondée sur la quantité de partenaires disponibles que sur la qualité des relations durables. Des sondages récents (réalisés dans les pays nordiques) affirment que la proportion de femmes qui « avouent » regarder des films porno régulièrement est en constante augmentation. Qu’en pensez-vous ?
Je pense que c’est très bien, comme je dis plus haut, je voudrais que la diffusion de films pornographiques se banalise encore plus.
Que pensez-vous de cette nouvelle vague de films pornographiques réalisées par et plutôt pour des femmes, notamment ceux diffusés sur Canal + ? Pensez-vous que le porno doit être plus féminin ? Plus « féministe hédoniste » ?
Je n’en pense pas grand chose, à part qu’il me semble que ce genre de films, et surtout leur extrême médiatisation, véhicule le cliché selon lequel la sexualité féminine serait très douce, très tamisée, faite de petits chuchotements, de petits oh-la-la-tu-soulèves-ma-culotte-je-suis-déjà-toute-mouillée, etc. Et personnellement, ça m’ennuie. C’est trop bobo, policé, propre pour moi. Pour la féminisation du porno,je pense que c’est le même problème que dans toutes les autres branches professionnelles, de la métallurgie à la thermonucléaire, les femmes sont en retard, à elles de voir si elles veulent rattraper ce retard.
Quels seraient selon vous les ingrédients d’un porno réussi ?
Encore une fois, ça dépend ce que je veux en faire. Si je veux être excitée, n’importe quelle vignette de Youporn, ou presque fera l’affaire. Mais j’aime aussi les « vrais » films porno, ceux de B.Root ou de Stagliano pour les contemporains, les anciens de la parenthèse dorée des années 1970…, j’aime aussi beaucoup certains films assez surréalistes de Rocco Siffredi avec des nains, des énormes partouzes… J’aime aussi les films « mixtes », comme Caligula… Je ne vois pas pourquoi la sexualité devrait être représentée comme un événement humain à part dans le cinéma…
