Maia Mazaurette ou la revanche du clitoris
Rencontre avec la rédactrice du blog "sexactu"

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Dans votre Anti kamasutra à l’usage des gens normaux, vous dites que la sexualité n’est pas photogénique, pensez-vous qu’il faudrait que la pornographie filmée ou photographiée soit plus à l’image de la réalité de la vie sexuelle ?

Non, je préfère laisser les supports fantasmatiques vivre leur vie. Les humains ne sont pas des chiens Pavlov : ils ne vont pas changer de sexualité parce qu’ils ont vu un porno hardcore, ils ne vont pas forcément complexer parce que Julia Roberts a le brushing parfait au réveil. Ensuite, évidemment, on peut être influencé - à condition d’être influençable, ou de bien vouloir l’être. Mais tout ce que je souhaite à la pornographie, c’est de se diversifier, et peu Anti-Kamasutraimporte les directions que les artistes prendront.

Quelle est votre définition de la pornographie ? Est-ce que selon vous, comme le pense Anne Hautecoeur, une œuvre devient pornographique lorsqu’elle dépasse l’érotiquement supportable ?

Pour moi, l’érotisme commence quand on mouille et qu’on bande, alors que la pornographie commence avec la masturbation. Bref, c’est le passage à l’acte qui fait la différence (et tout le monde ne passe pas à l’acte au même moment, ni devant les mêmes oeuvres). Finalement cette définition rejoint celle d’Anne.

Quels seraient selon vous les ingrédients d’un porno réussi ?

Un seul ingrédient : réinjecter du fantasme. J’adore le passage à l’acte, mais il manque vraiment dans la production actuelle ce petit espace qui fait que le spectateur démarre sa scène porno imaginaire avant que l’écran ne commence à la montrer. Tout va beaucoup trop vite ! Mon porno idéal, ensuite, ce serait celui que JE filmerais. Et je pourrais même ajouter : celui que personne d’autre que moi ne verra.

Pensez-vous que le monde « sursexué » que vous décrivez freine la création d’un imaginaire pornographique original ? Auteurs et réalisateurs ne sont-ils pas d’ailleurs eux-aussi influencés par ce sur vous nommez ces fantasmes de masse ?

A mon avis, c’est un faux débat. Rimbaud était influencé par la poésie classique et ça ne l’a pas empêché de détruire toutes les conventions. Les franc-tireurs existent partout. Je fais complètement confiance aux artistes pour trouver leurs propres solutions à cette uniformité relative du porno. Le problème, c’est plutôt qu’ils n’ont pas envie de travailler sérieusement sur ce sujet, au premier degré. Sans envie on n’ira pas bien loin. Et rester sur la pure critique ou sur le second degré, c’est trop facile.

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