Non, Contr’Actuel ne va pas vous parler du dernier livre de Poppy Z. Brite La belle rouge aux éditions Le Diable Vauvert (sortie le 3 septembre), ce n’est pas notre genre. Cette sortie nous donne simplement l’occasion de parler, à ceux qui ne la connaissent pas encore, de celle qui est souvent considérée comme une maitresse de l’horreur et du fantastique, et n’y voyez là qu’un compliment bien sûr.
Mais tout de même, deux mots sur cet ouvrage. C’est en faite la suite de son livre Alcool sorti en France en septembre dernier chez le même éditeur (il est déjà disponible en anglais pour les bilingues depuis 2004). Alors premier conseil, lisez ce précédent opus qui vous permettra de découvrir Rickey et G-man, deux jeunes cuisiniers homosexuels (comme tous les personnages de Brite) qui décident d’ouvrir un restaurant à la Nouvelle-Orléans où tous les plats contiendront un petit plus enivrant. Pas besoin d’être un fan de littérature culinaire pour apprécier cette histoire. Au fur et à mesure des pages vous ne pouvez que vous attachez à ces deux héros, enfin héros, deux bons gars du sud particulièrement attachants. Au fil des pages, vous sentirez les odeurs de cette ville mythique de Louisiane, les senteurs d’alcool et d’épices montant des ruelles du vieux Carré… lisez, découvrez et aimez. Alors la découverte de La Belle rouge, la suite de ce moment de voyage et d’émotions, que dire, on a hâte.
D’autant, qu’il faut l’avouer, Alcool est largement plus grand public que les précédents livres de cette écrivaine particulièrement prolifique. Avec Alcool, elle change de style. Les personnages et les lieux ne sont plus fantastiques (souvent fantasmés), mais bien davantage ancrés dans le réel.
En effet, née en 1967 à la Nouvelle-Orléans, ville où se passent ses romans et dont elle fait partager son amour, Poppy Brite, puis Poppy Z.Brite (elle a rajouté un Z dans sa signature, chromosome qui n’existe pas, afin de marquer son refus d’appartenance à un genre) est effectivement pour certains la reine de l’horreur, du gore souvent trash. Il faut avoir le cœur et parfois l’estomac bien accrochés pour lire certains de ses ouvrages. Mais au début des années 2000, elle s’est détachée de la fiction d’horreur. Vous pouvez ouvrir ses derniers romans de façon plus sereine, pas de nausées à craindre, même si nombre d’entre eux restent cultes pour les amateurs, il faut avouer qu’ils appartiennent à un style particulier.
Le corps exquis par exemple. Paru en 1996 et publié avec difficulté en France est « un roman d’amour » selon l’auteur. Un bon roman, sans aucun doute. Beau. C’est à vous dans juger. Si vous êtes plutôt sensible et ne supportez pas la vue du sang ce n’est pas la peine de l’ouvrir.
Quatre personnages principaux. Quatre hommes, tous homosexuels. Deux jeunes séparés par le SIDA, gangrenés par la solitude. Deux tueurs en séries, aussi intelligents que pervers. Ils se croisent et se mêlent dans les rues de la Nouvelle-Orléans jusqu’à leur rencontre, violente.
Mais ce livre ne peut être résumé qu’à cela. C’est avant tout un pamphlet contre le silence face à l’épidémie du SIDA dans les années 1990, un cri aussi contre la solitude et ce qu’elle peut engendrer pour la
combler. Une lutte pour les droits des homosexuels, sujet cher à Brite. Ce roman vous marque : il y a les haut-le-cœur durant certaines scènes particulièrement difficiles, voir insoutenables, d’autres où vos poils vont se hérisser. Mais il y a aussi beaucoup de tendresse face à la misère morale de certains des personnages. Ce roman peut paraître choquant, repoussant mais, si vous passez outre, vous aurez malgré tout du mal à vous arrêter, son style devrait vous emmener jusqu’à la dernière ligne.
Si vous préférez le fantastique, particulièrement le monde des vampires mêlé d’un érotisme que certains considérons comme « voyeur » (mais Brite et nombre de ses lecteurs l’assument), lisez les nouvelles qu’elle a consacré à ce sujet dans Eros Vampire volume 1 et 2, ou encore son roman Âmes perdues. Dans ce dernier vous pourrez suivre la vie de Nothing, un adolescent perdu qui fait la rencontre d’une famille d’adoption très particulière qui brave tous les interdits de la société puritaine américaine et bien plus. Sang, sexe et rock n’roll !
Mais pour en revenir aux écrits de Brite “nouveau style”, si vous tentez et aimez ses dernières aventures culinaires aux teintes d’amour et d’humour noir, sachez que plusieurs livres de ses livres attendent encore leur publication en version française, espérons que cela ne tardera pas. En tout cas, bonne lecture à tous.
A.C
