« Y a-t-il une éthique du bronzage ? » Hervé me tempère instantanément : il s’agit d’une « philosophie du bronzage », plus qu’une esthétique. « Le bronzage est un signe de beauté, de bonne santé et de bien être » déclare-t-il. Il semblerait que le bronzage fédère une communauté aux valeurs esthètes, c’est un critère culturel typiquement occidental associé aux images post-sixties du sea sex and sun. La valeur esthétique s’associe aux recherches sur le bien être corporel et par extension au bien être psychique. Les bronzeurs se défendent d’être de superficiels complices de la dictature de la beauté, mais des personnes attentives à leur corps et son bien être. D’ailleurs cela plait, rares sont les photos de magazines qui n’exploitent pas le soleil comme vertu thérapeutique et remède aux maux d’esprit.
Lorsque j’aborde le sensible problème qu’est la tanorexie, Hervé nie en bloc. Il dénonce l’extrapolation scientifique, la machination des thermes médicaux visant à effrayer le client lambda, qui aurait le malheur de laisser libre cour à son loisir et à son bon plaisir ! Cependant, ayant une longue expérience dans le domaine, il admet que de nombreux abus ont cours par des bronzeurs qui « en veulent toujours plus ». Les cellules de la peau se régénèrent toutes les 3 semaines. Lorsque le bronzage commence à dépérir, il est très courant que les compléments alimentaires, les autobronzants et les gélules à bronzer soit d’un secours salvateur. Si ces dérivés sont moins dangereux que l’exposition immédiate aux U.V, associés, ils sont la preuve d’une frénésie du bronzage de la part de certains. J’apprends alors que de nombreux régimes alimentaires permettent de fixer la mélanine et de conserver un teint halé : les carottes, les épinards, le persil, le melon…sont autant d’aliments prisés par les tanorexiques qui en usent et abusent. Cette alimentation monomaniaque, s’accompagne de l’application d’auto-bronzants dont la coloration dure de 4 à 6 jours. La dépendance est présente plus rapidement qu’on le pense car l’on peut constater des effets immédiats et l’investissement conséquent du porte monnaie est lui aussi très rapidement constatable. Tout comme l’addiction aux produits de beauté et aux cosmétiques, l’addiction au bronzage est un gouffre financier qui peut conduire à une mise en péril du tanorexique.
« Est-ce un marché lucratif ? » La réponse est sans aucun doute positive. Il faut compter entre 15 euros et 30 euros la séance d’U.V de 30 minutes, en sachant qu’un teint halé ne s’obtient en moyenne qu’après la troisième séance. De plus, c’est une clientèle fidèle et régulière qui arpente les salons de bronzage, utilisant les auto-bronzants mis en vente sur le lieu dit. Comme toute addiction, c’est bel et bien un marché qui fonctionne : des prix conséquents, un panel important de produits en vente, des dangers soulignés par la recherche et au contraire tempérés par les tenants du secteur et pour finir une intervention juridique du ministère de la santé qui régule très vaguement les abus du business. Entre boire et conduire ? fumer et respirer ? bronzer et déprimer ? il faut choisir…
Olivier Henry
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