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Cet été encore, la course au bronzage fut de mise et bon nombre d’entre nous, reconnaissons le, ont prémédité l’équation suivante : vacances au soleil = bronzage qui va en épater plus d’un ! Cependant, si nous sommes avertis des méfaits de l’abus du soleil, nous savons aussi que certains aficionados refusent de lire la posologie des crèmes solaires à l’image des fumeurs qui ne lisent plus les sentences morbides gravées sur leur paquet de cigarettes…
Le bronzage est devenu en peu d’années un combat répandu et le symbole des vacances victorieuses. Le temps des peaux diaphanes et du teint de porcelaine est révolu et la peau tannée ne marque plus l’appartenance aux classes sociales les plus populaires. Au contraire, le bronzage ne serait-il pas devenu la preuve de facilités financières ?
Le culte du « corps californien », apparu dans les années 60, a imposé un corps lisse et doré et par ce biais sont apparues de nouvelles addictions corporelles. En effet, ce modèle esthétique nécessite un travail permanent sur le corps. Tout comme la minceur et l’épilation, le bronzage s’entretient fréquemment et cela a l’infini. Hélas ! Le caractère éphémère de la chose n’est pas sans susciter de nombreuses angoisses chez nos “addicts” les plus névrosés. Un nouveau syndrome a récemment été recensé, il s’agit de la « tanorexie » ou la dépendance au bronzage. L’étude d’une université américaine, réalisée en 2006 a mis en lumière des symptômes proches de ceux éprouvés par les alcooliques ou les drogués. Les tanorexiques ressentiraient un besoin permanent de s’exposer, et une gêne variable en cas d’abstinence prolongée due au manque d’endorphines (neurotransmetteurs du bien être), secrétées par la peau au contact du soleil. Cette dépendance les pousseraient à mettre en péril leur santé en s’exposant coute que coute aux rayons ultraviolets.
Afin de constater les ravages de ce fléau méconnu, je me suis rendu de bon matin, soleil encore timide, dans un salon de bronzage prisé, situé au cœur de Paris, dans le Marais. Quelle ne fut pas ma première surprise ! Une équipe d’Apollons bodybuildés et de nymphes mordorées m’accueillent en tenues de plage ! N’y voyant là aucun cliché mais plutôt une stratégie marketing bien rodée, je brave les néons éblouissants et les cocotiers en plastique, tout en contrôlant un rictus nerveux… le syndrome est là. Le gérant m’accueille, tout sourire, Hervé, 42 ans et 18 ans d’expérience dans le milieu ou plutôt dans les milieux…
Et en effet, à la première question posée : « Quelle est votre principale clientèle ? », Hervé s’empresse de me remémorer, toute catégorisation gardée, que nous sommes au cœur du quartier gay et du quartier juif de paris et qu’il a pu observer la fidélité de cette clientèle dans son salon. De plus, depuis quelques années la fréquentation a rajeuni, elle est passée de quadragénaires-quinquagénaires à tout au plus trentenaires, avec une forte affluence de très jeunes clients, principalement des jeunes femmes mineures. Il est à noter que l’Allemagne s’apprête à interdire l’accès au bronzage artificiel en cabine aux mineurs. 14 millions d’Allemands âgés de 18 à 45 ans, sur une population totale de 80 millions se font dorer la pilule en cabine de bronzage et le pays dénombre le plus haut taux de cancer de la peau en Europe.
« Y a-t-il une éthique du bronzage ? » Hervé me tempère instantanément : il s’agit d’une « philosophie du bronzage », plus qu’une esthétique. « Le bronzage est un signe de beauté, de bonne santé et de bien être » déclare-t-il. Il semblerait que le bronzage fédère une communauté aux valeurs esthètes, c’est un critère culturel typiquement occidental associé aux images post-sixties du sea sex and sun. La valeur esthétique s’associe aux recherches sur le bien être corporel et par extension au bien être psychique. Les bronzeurs se défendent d’être de superficiels complices de la dictature de la beauté, mais des personnes attentives à leur corps et son bien être. D’ailleurs cela plait, rares sont les photos de magazines qui n’exploitent pas le soleil comme vertu thérapeutique et remède aux maux d’esprit.
Lorsque j’aborde le sensible problème qu’est la tanorexie, Hervé nie en bloc. Il dénonce l’extrapolation scientifique, la machination des thermes médicaux visant à effrayer le client lambda, qui aurait le malheur de laisser libre cour à son loisir et à son bon plaisir ! Cependant, ayant une longue expérience dans le domaine, il admet que de nombreux abus ont cours par des bronzeurs qui « en veulent toujours plus ». Les cellules de la peau se régénèrent toutes les 3 semaines. Lorsque le bronzage commence à dépérir, il est très courant que les compléments alimentaires, les autobronzants et les gélules à bronzer soit d’un secours salvateur. Si ces dérivés sont moins dangereux que l’exposition immédiate aux U.V, associés, ils sont la preuve d’une frénésie du bronzage de la part de certains. J’apprends alors que de nombreux régimes alimentaires permettent de fixer la mélanine et de conserver un teint halé : les carottes, les épinards, le persil, le melon…sont autant d’aliments prisés par les tanorexiques qui en usent et abusent. Cette alimentation monomaniaque, s’accompagne de l’application d’auto-bronzants dont la coloration dure de 4 à 6 jours. La dépendance est présente plus rapidement qu’on le pense car l’on peut constater des effets immédiats et l’investissement conséquent du porte monnaie est lui aussi très rapidement constatable. Tout comme l’addiction aux produits de beauté et aux cosmétiques, l’addiction au bronzage est un gouffre financier qui peut conduire à une mise en péril du tanorexique.
« Est-ce un marché lucratif ? » La réponse est sans aucun doute positive. Il faut compter entre 15 euros et 30 euros la séance d’U.V de 30 minutes, en sachant qu’un teint halé ne s’obtient en moyenne qu’après la troisième séance. De plus, c’est une clientèle fidèle et régulière qui arpente les salons de bronzage, utilisant les auto-bronzants mis en vente sur le lieu dit. Comme toute addiction, c’est bel et bien un marché qui fonctionne : des prix conséquents, un panel important de produits en vente, des dangers soulignés par la recherche et au contraire tempérés par les tenants du secteur et pour finir une intervention juridique du ministère de la santé qui régule très vaguement les abus du business. Entre boire et conduire ? fumer et respirer ? bronzer et déprimer ? il faut choisir…
Olivier Henry
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